Affaires de l'industrie

Les tendances 2024 en EDI

par Anne-Marie Lobbe 16 mai 2024

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Si l’année 2020 fut celle où on a réellement commencé à entendre parler d’EDI, où en sont les entreprises, quatre ans plus tard ? Comment une entreprise peut-elle s’assurer de se démarquer en équité, en diversité et en inclusion, tout en demeurant authentique? Regard sur les tendances 2024 en EDI (et, en prime, coup d’œil sur les tendances en RSE).

Pour remonter aux balbutiements de l’EDI et de son importance, au sein des entreprises, il faut effectuer un petit voyage dans le temps, quelque part au début des années 2000, pour ensuite surligner d’un gros trait jaune fluo son «explosion» en 2020. «C’était un peu une conjonction de plusieurs éléments et, surtout, le meurtre de George Floyd. Ça, c’est le point charnière à partir d’où tout a changé. En 2020, les médias parlaient énormément de diversité. C’était un peu comme une explosion: ça partait dans tous les sens», se souvient Chloé Freslon, présidente et fondatrice de URelles.

Poursuivons avec un petit récapitulatif des dernières années. L’année 2021 serait un peu celle où la thématique de l’EDI s’est transformée, pour prendre une ascension en importance et en maturité. En 2022, les entreprises avaient eu le temps d’observer et d’identifier que l’EDI était désormais un sujet incontournable et prioritaire. En 2023, les entreprises ont continué sur leur lancée, plus curieuses que jamais d’implanter une bonne stratégie EDI à même leur ADN. D’accord, l’année 2024 n’a que quelques mois à son actif, mais peut-on déjà établir une tendance? «Je ne pense pas qu’on est dans une baisse. Je sens qu’on est plus dans un plateau et qu’avant, on était vraiment dans une grosse ascension. En revanche, les enjeux perdurent, ajoute Chloé Freslon. En plus, l’économie n’aide pas: l’EDI, c’est un sujet auquel tu t’intéresses quand l’économie va bien, quand les entreprises embauchent.»

Avoir atteint un plateau, ça ne veut pas dire qu’il faut profiter du manque de courant qui crée peu de vagues pour faire du surplace ! Après tout, c’est cool d’être une entreprise innovatrice au leadership inspirant. «Je travaille beaucoup dans le milieu des personnes handicapées et il y a peu d’entreprises qui ont le courage d’inviter des gens avec des handicaps, parce que ça semble compliqué, car il faut adapter l’environnement de travail, etc. Et on le comprend. Ça reste qu’il y a beaucoup de travail à faire. Je pense que la tendance des prochaines années, c’est d’être encore plus proactif au niveau de la diversité, de l’inclusion et de l’équité», explique Fannie Perron, présidente et co-fondatrice de Plan Humain.

tendancesChloé Freslon, Présidente et fondatrice d’URelles et Fannie Perron, Présidente et co-fondatrice de Plan Humain

L’authenticité, c’est la clé
Quand il y a une tendance de société aussi forte et rassembleuse que l’EDI, tout le monde veut embarquer en y ajoutant son petit ou, pourquoi pas, son gros grain de sel. Pourtant, l’important ne devrait pas être de suivre la tendance coûte que coûte, mais plutôt de s’assurer de rester authentique dans sa démarche. «L’important c’est d’assumer, de communiquer, d’avoir des actions authentiques. L’authenticité est un mot clé dans tout ce qui est RSE, EDI, etc. On n’est pas obligé d’en faire trop non plus. Souvent, des compagnies veulent faire des gros programmes, observe Fannie Perron. Faites plus petit, mais faites-le de la bonne façon. Prenez le temps de bien prendre le pouls à l’interne. Donnez-vous des objectifs qui sont réalistes, faites un pas à la fois et communiquez bien. Et après, on réajuste.»

La ligne directrice d’une entreprise, en matière d’EDI, devrait naturellement faire transparaître une crédibilité et une pertinence. Certaines compagnies vont mettre en place des initiatives qui font de beaux communiqués de presse, mais en agissant ainsi, sont-elles en train de réellement creuser dans des stratégies et des politiques qui feront une différence, en bout de ligne ? «L’exemple que j’aime bien donner, c’est le congé menstruel. C’est une bonne solution. En revanche, si la stratégie EDI d’une entreprise se limite au congé menstruel, ce n’est pas une stratégie EDI, mentionne Chloé Freslon. Avant de se rendre à mettre un congé menstruel, peut-être qu’on pourrait revenir à la base: salaire équitable, progression de carrière, employabilité… Des mesures qui ne sont pas super attirantes, qui ne font pas de belles publications LinkedIn, mais c’est la base de la relation professionnelle entre les employeurs et leurs employé·es.»

Maintenant que l’importance, pour une entreprise, de briller par son authenticité est bien établie, qu’est-ce qui fait vibrer, concrètement, la sphère EDI en 2024 ?

Toutes les tendances en EDI, directement sous nos yeux
En premier lieu, il est important de réaliser quelle est l’industrie. «Si une entreprise se fixe des objectifs d’augmenter de tel pourcentage sa proportion de femmes, par exemple, alors que les universités en fournissent moins, ce sera peut-être illusoire», note Chloé Freslon. Ensuite, il faut que les employeurs gardent en tête que, maintenant, la responsabilité et la tâche d’établir un super plan EDI et de le mettre en place ne leur revient pas uniquement. «On va aussi vouloir se tourner vers les employé·es. Leur demander comment ils elles se sentent, quels enjeux les touchent et les préoccupent, etc.», ajoute-t-elle. Finalement, la tendance majeure observée actuellement est l’explosion des groupes auxquels on en vient normalement à penser, quand on parle de diversité. «Il y a cinq ans, on aurait probablement cité les femmes et la diversité ethnoculturelle. Maintenant, on parle de neurodiversité et on parle beaucoup plus facilement de mesures d’accommodements. On parle de santé mentale; ça c’est un sujet qui est devenu de plus en plus facile, observe la présidente et fondatrice de URelles. Toutes ces notions sont comprises dans l’EDI. On en vient à comprendre que c’est beaucoup plus holistique et transversale comme thématique, finalement.»

Cette lancée sur laquelle est l’année 2024 est certes très prometteuse. Cependant, puisque toute tendance évolue toujours à un rythme fou, au sein de la société, peut-on penser que l’EDI risque de s’essouffler ? «Je vois mal comment ça pourrait disparaître. C’est un peu comme une boîte de Pandore ! On l’a ouverte et on a tou tes reconnu qu’il y avait beaucoup d’enjeux qui existaient. Une chose est certaine: je crois que l’avenir de l’EDI sera étroitement lié au contexte économique! Et probablement à qui sera élu aux paliers gouvernementaux. Certains partis politiques ne mettent pas tellement à l’ordre du jour l’EDI», conclut Chloé Freslon.

rse

presentCrédit : presentpresent.ca

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